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Le Gant : mythes et réalité

Ostensiblement lié à la main, couvrant les doigts, la paume de la main, le poignet, l’avant-bras et parfois même le bras en entier, le gant est beaucoup plus qu’un accessoire, c’est un vêtement à part entière, « une enveloppe pour les doigts », au même titre qu’une robe, un manteau ou une tunique enveloppant le corps.

Étudié surtout en tant qu’accessoire, le gant a rarement provoqué une étude psychanalytique sérieuse. Pourtant, au moment de l’apogée de son utilisation, les tentatives furent nombreuses d’expliquer non seulement son esthétique ou sa fabrication, mais aussi sa symbolique et son empreinte dans le subconscient collectif.

En effet, pour une personne cultivée qui s’intéresse à l’art en général et à la mode en particulier et qui possède une connaissance des cultures anciennes, les évocations du gant et de sa symbolique sont tangibles ; pour les personnes moins cultivées, elles sont imperceptibles et introuvables, car l’objet lui-même est sorti du cercle des objets usuels de notre quotidien. Seul le terme « boîte à gants », employé pour désigner une partie de l’intérieur de nos véhicules modernes et resté intact dès son origine, persiste dans notre langage pour nous rappeler cet objet qui d’ailleurs ne s’y trouve plus…

Ce modeste essai a donc pour objectif de rappeler les autres destinations du gant en dehors de sa première fonction de protection de toutes sortes : contre les intempéries, contre les microbes, contre les objets qui peuvent piquer, brûler ou blesser celui qui se propose d’y toucher. En effet, à part cette fonction première de protection, d’autres fonctions ou applications du gant existent : c’est tout d’abord la fonction de distinction d’appartenance à une classe précise - la matière du gant, sa couleur, son ornement indiquent les moyens et le groupe social de son propriétaire.

La fonction symbolique du gant est très présente au Moyen Age : on transmet le titre, l’héritage, le don ou le document important avec le gant, signe de confiance de l’auteur de l’acte à transmettre, ainsi que comme l’objet authentifiant le document. A partir de cette époque le gant est connu aussi comme preuve d’un défi que l’on jette pour provoquer l’adversaire au duel ; celui qui le relève, l’accepte.

Plus tard le gant sera connu comme fétiche amoureux, preuve de la conquête, offert ou dérobé à l’insu de sa jolie propriétaire.

L’abondante littérature policière nous fait connaître le gant qui dissimule, celui qui ne laisse pas de traces. Ce gant est commun aux criminels et aux fins limiers : Sherlock Holmes, Hercule Poirot, et même un certain Arsène Lupin.

Enfin, pendant longtemps, le gant a fait partie d’un code vestimentaire strict et dont le non-respect était sanctionné par le mépris général de la société : les gants blancs obligatoires pour une demande en mariage, les gants longs en usage dans les soirées mondaines pour un cocktail, un spectacle, une réception ou un dîner.

Un chapitre particulier devrait être consacré aux gants liturgiques brodés destinés au clergé.

Tous ces gants ont été faits dans les matières les plus diverses privilégiées par l’usage et leur destination. A Grenoble, la matière qui a dominé dans la fabrication du gant fut le chevreau, une peau particulièrement souple, résistante et très agréable au toucher.

Ces gants en chevreau véritable, fins, raffinés, brodés et décorés de pierres semi-précieuses, de strass, de plumes ou de franges, ont fait la gloire et la renommée de la région grenobloise. Les trois quarts de la production grenobloise étaient destinés à l’exportation – la qualité inégalable du gant de Grenoble était connue dans le monde entier. Les gantiers grenoblois ont ganté les mains des rois et des reines de la vieille Europe, des élites d’Outre-mer et du Nouveau Monde.

Les fabricants de gants grenoblois possédaient des usines en Angleterre, Canada, Brésil, États-Unis. Ils employaient des milliers de personnes sur le territoire de la commune de Grenoble « en fabrique », mais aussi des dizaines de milliers de personnes travaillant à domicile dans la vallée du Grésivaudan, dans les massifs du Vercors et de la Chartreuse, sur les plateaux du Trièves et de la Matheysine.

L’industrie gantière à Grenoble a achevé son déclin en 1968 quand le gant a perdu son caractère obligatoire, n’attirant plus l’attention particulière des grands couturiers qui avaient beaucoup sollicité cet objet auparavant.

Suite au mouvement de la mode, la main se libéra du gant, le négligea et l’oublia...

Seule sa fonction protectrice a perduré, en privilégiant les gants en laine ou en tissu (souvent synthétique) au détriment du gant « en chevreau véritable » qui était jadis la gloire de Grenoble.

Peut-être le gant de Grenoble retrouvera-t-il à nouveau ses titres de noblesse grâce à un nouveau revirement de cette mode versatile, imprévisible et futile, ce qui permettra aux jeunes femmes et jeunes hommes d’aujourd’hui de le découvrir à nouveau ?

C’est dans cette perspective que s’organise le travail du CIRIG (Centre International de Recherche sur l’Industrie du Gant) créé au sein de l’Association de Sauvegarde et de Promotion du Gant de Grenoble (ASP2G) et qui a préfiguré le Musée du Gant de Grenoble.

Valeria Ostapenko
Présidente de l’ASP2G
Fondatrice du CIRIG

Article de Valéria Ostapenko paru dans la revue de la Maison de la poésie Rhône-Alpes "Bacchanales" N°48 - novembre 2012
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